Histoire des banques en Suisse
Histoire complète des banques : des tablettes d’argile aux plateformes numériques
Les banques ne sont pas nées d’un “grand inventeur”. Elles sont le résultat d’un besoin universel : sécuriser l’argent, financer le commerce, gérer le risque, faire circuler la confiance. À chaque époque, elles ont pris la forme que la société pouvait supporter : techniques d’écriture, droit, routes commerciales, stabilité politique… et aujourd’hui, informatique et régulation.
1) Avant les banques : dettes, dépôts et confiance (Antiquité)
Mésopotamie : l’économie des tablettes
Dès les premières civilisations urbaines, on voit apparaître :
- des dépôts (grain, métaux, biens),
- des prêts (souvent à intérêt),
- des contrats enregistrés (tablettes, sceaux),
- des garanties (promesses, gages).
Ce n’est pas “une banque” au sens moderne, mais c’est déjà le cœur bancaire : enregistrer une dette, prouver une propriété, organiser un remboursement.
Égypte, Grèce, Rome : dépôts, change, crédit
Avec l’essor du commerce :
- le change (différentes monnaies),
- les prêts commerciaux (pour expéditions),
- la conservation de valeur (temples, marchands) se développent.
Les lieux de culte, les marchands et les maisons privées jouent souvent le rôle de “tiers de confiance”. On passe progressivement de la richesse stockée à la richesse mobilisable.
2) Moyen Âge : la banque devient un métier (et une institution sociale)
Le rôle du changeur
En Europe médiévale, l’activité bancaire naît autour de :
- la conversion de monnaies locales,
- la garde de fonds,
- l’avance de liquidités.
Le changeur devient progressivement un professionnel de la confiance.
Le problème de l’intérêt et l’invention de solutions
L’interdiction (ou la condamnation morale) de l’usure dans certains contextes pousse à inventer :
- des contrats commerciaux,
- des formes de participation,
- des mécanismes de change et de commissions.
La banque progresse autant par la finance que par le droit.
Les foires et le crédit marchand
Les grandes foires européennes créent un besoin massif :
- payer à distance,
- éviter de transporter des coffres,
- financer des stocks,
- sécuriser les transactions.
La banque devient l’infrastructure invisible du commerce.
3) Renaissance : naissance de la banque moderne (Italie, puis Europe)
Les grandes maisons bancaires
Les cités marchandes (Florence, Gênes, Venise) voient émerger des acteurs capables de :
- gérer plusieurs places commerciales,
- financer le commerce international,
- prêter aux États et aux princes,
- tenir des comptes sophistiqués.
La banque devient un outil de puissance : économie + politique.
La lettre de change : le grand saut
L’innovation clé est la lettre de change :
- une promesse de paiement à distance,
- une manière d’éviter le transport d’or/argent,
- un instrument qui organise la confiance entre places.
C’est l’ancêtre de l’économie “sans cash” : la richesse circule par écrit.
Comptabilité et contrôle
Avec la comptabilité plus structurée, les banques gagnent :
- en fiabilité,
- en capacité de gestion multi-sites,
- en crédibilité auprès des marchands et des États.
La banque devient une industrie de l’information : qui doit quoi à qui.
4) XVIIe–XVIIIe siècles : l’invention de la banque centrale et du papier-monnaie
Pourquoi une banque centrale ?
À mesure que les économies grandissent, il faut :
- stabiliser la monnaie,
- financer l’État (guerres, infrastructures),
- organiser la confiance dans les paiements.
Des institutions naissent pour :
- émettre des billets,
- gérer des réserves,
- prêter au gouvernement,
- agir comme “banque des banques”.
Le billet de banque : confiance imprimée
Le billet est une révolution :
- au lieu d’échanger du métal, on échange une promesse garantie par une institution.
- l’économie se fluidifie.
- le commerce explose… mais la stabilité dépend de la discipline et des réserves.
5) XIXe siècle : industrialisation, banques universelles et capitalisme financier
Les besoins de l’industrie
Chemins de fer, usines, mines : tout demande des capitaux énormes.
Les banques deviennent des machines à :
- collecter l’épargne,
- financer l’investissement,
- organiser des émissions d’actions et d’obligations.
Apparition et croissance des banques “modernes”
On voit se structurer :
- des banques de dépôt (épargne des ménages),
- des banques d’affaires (financement de projets, marchés),
- parfois des modèles mixtes (“banque universelle”).
Crédit, risque et crises
Avec le crédit, les cycles s’amplifient :
- périodes d’expansion,
- puis paniques bancaires,
- puis réformes.
Une leçon apparaît : une banque est solide quand elle gère correctement liquidité et confiance.
6) XXe siècle : régulation, banques de masse, puis financiarisation
Entre guerres et grandes crises
Les crises bancaires et économiques entraînent :
- davantage de contrôle,
- des banques centrales plus actives,
- des règles de prudence.
Après les grands chocs, on comprend mieux que :
- le système bancaire peut accélérer la croissance,
- mais peut aussi amplifier les crises.
La banque devient un service de masse
Avec la salarisation et la consommation :
- comptes courants, cartes, crédits,
- hypothèques,
- services aux PME,
- paiements automatisés.
Les banques s’installent dans le quotidien.
Globalisation et marchés financiers
À la fin du siècle :
- dérégulations partielles,
- croissance des marchés,
- innovations financières,
- internationalisation.
Les banques gagnent en puissance, mais deviennent plus complexes et interconnectées.
7) 2008 : crise financière mondiale et nouveau cycle de régulation
La crise de 2008 marque un tournant :
- on réalise que certains risques étaient mal compris,
- la confiance peut disparaître très vite,
- l’État et les banques centrales redeviennent des stabilisateurs majeurs.
Après 2008 :
- exigences de fonds propres renforcées,
- stress tests,
- supervision accrue,
- attention forte au risque de liquidité.
Le message est clair : une banque n’est pas une entreprise “comme une autre” ; elle porte une responsabilité systémique.
8) XXIe siècle : banque digitale, fintech, et transformation de la confiance
Mobile, instantané, “banking-as-a-service”
La banque devient une interface :
- apps, paiements instantanés,
- scoring automatisé,
- services modulaires,
- open banking (selon pays et cadres).
Le client s’habitue à :
- l’immédiateté,
- la transparence,
- la personnalisation.
Fintech : compétition et coopération
Les fintechs attaquent :
- paiements,
- change,
- micro-investissement,
- crédit personnel,
- gestion budgétaire.
Beaucoup finissent par coopérer avec les banques :
- la banque apporte la licence, la conformité, la confiance,
- la fintech apporte la vitesse, l’expérience produit.
Crypto et actifs numériques : défi conceptuel
Les actifs numériques posent une question centrale :
- qu’est-ce que la confiance : une institution… ou un protocole ?
Même si tout ne remplace pas le système bancaire, l’idée pousse les banques à évoluer.
9) Ce que fait une banque, au fond : 5 fonctions intemporelles
- Garder en sécurité (dépôts, conservation)
- Permettre de payer (transactions, compensation)
- Transformer le temps (épargne courte → financement long)
- Évaluer et porter le risque (crédit, solvabilité, diversification)
- Créer de la confiance (contrats, garanties, réputation, régulation)
Ces fonctions existent depuis l’Antiquité. Seuls les outils changent.
10) Vers quoi on va : banques plus “invisibles”, plus contrôlées, plus technologiques
Les tendances lourdes :
- automatisation (IA, conformité, détection fraude),
- paiement instantané,
- expérience client plus simple,
- exigences de sécurité plus fortes,
- banques centrales et États plus attentifs à la stabilité.
La banque de demain sera probablement :
- moins “agence”, plus “infrastructure”,
- moins “papier”, plus “données”,
- toujours encadrée, car elle reste un pilier de l’économie réelle.
A se rappeler
L’histoire des banques, c’est l’histoire de la confiance organisée.
De la tablette d’argile à l’app mobile, l’objectif reste le même : faire circuler la valeur sans que la société soit obligée de se méfier de tout le monde tout le temps.

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